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La Revue du jazz


La Revue du Jazz was the first periodical dedicated exclusively to jazz and dancing music in France. In the first issue dated July 1929, the editors claimed that France had been lacking a review of its kind, writing, “The Americans have the Métronome, the English the Melody Maker, the Germans Der Artist, we in turn have the Revue du Jazz.”  Krikor Kelekian, known as Grégor, and René Cézard founded the Revue in an attempt to fill that gap. Their publication provided a professional, rigorous, neutral analysis of jazz that maintained the sense of intimacy of “their little world.”

A musician himself, Grégor was deeply invested in the journal as a promotional tool for French jazz musicians and the emerging jazz scene. He encouraged other local musicians to contribute: Ray Ventura, a key orchestra leader, Stéphane Mougin, a pianist who later went on to start Jazz-tango, and Hugues Panassié, clarinetist and the eventual founder of Jazz Hot. The vast majority of the Revue was dedicated to intimate happenings in Paris and abroad, the boldest section being a column entitled “les petits potins” (“the latest gossip”) which printed the kind of stories one could overhear at a cafe. Each issue also typically included some opinion pieces on the state of jazz, critiques of instrumental groupings, reviews of the latest records, and letters from readers. On these topics the review took a strong pro-musician, and especially pro-French stance – often completely excluding the United States in their news from abroad.

Their small readership likely would have come across the twenty page publications in newspaper vending boxes around Paris, select storefronts, or simply circulated within their social circles.[1] After less than a year however, the journal could not survive. Their final publication in February 1930 suggests that Grégor’s investment in the project was not enough to overcome the challenge of procuring stable contributors and distributors. Despite the limited scope and short lifespan of the journal, the commitment to taking jazz seriously in print, and cataloguing the activity within the scene was itself a significant action that helped legitimize jazz in a social environment that was still hesitant to embrace it. The mechanisms for legitimization, in this case, relied on the negation of American jazz in favor of “refined” French and European jazz. In defining European jazz as its own kind of music, the Revue perhaps aimed to cast aside social concerns about Blackness. The questions of how to present jazz in print, and what jazz even is, would continue to be core critical debates investigated for years to come in the subsequent French journals Jazz-tango, and Jazz Hot.


Traduction française : Manon Fabre

La Revue du jazz fut le premier périodique français consacré exclusivement au jazz et à la musique de danse. Dans le premier numéro, daté de juillet 1929, les rédacteurs affirmaient qu’il manquait à la France une revue de ce genre : « Les Américains ont le Metronome, les Anglais le Melody Maker, les Allemands Der Artist, nous avons à notre tour la Revue du Jazz. » Krikor Kelekian, dit Grégor, et René Cézard fondèrent la revue pour combler cette lacune. Leur publication proposait une analyse du jazz professionnelle, rigoureuse et neutre, tout en préservant le caractère intime de « leur petit monde ».

Musicien lui-même, Grégor était profondément attaché à la revue en tant qu’outil de promotion des musiciens de jazz français et de la scène naissante. Il encouragea d’autres musiciens à y collaborer : Ray Ventura, chef d’orchestre de premier plan, Stéphane Mougin, pianiste qui lança ensuite Jazz-tango, et Hugues Panassié, clarinettiste et futur fondateur de Jazz Hot. L’essentiel de la revue était consacré à la vie intime du milieu, à Paris et à l’étranger, la rubrique la plus audacieuse étant « Les petits potins », qui rapportait le genre d’histoires que l’on pouvait surprendre à la terrasse d’un café. Chaque numéro comprenait aussi, en général, des articles d’opinion sur l’état du jazz, des critiques de formations instrumentales, des comptes-rendus des derniers disques et des lettres de lecteurs. Sur ces sujets, la revue adoptait une position résolument favorable aux musiciens, et en particulier aux musiciens français, allant souvent jusqu’à exclure totalement les États-Unis de ses nouvelles de l’étranger.

Son lectorat restreint pouvait se procurer ces livraisons d’une vingtaine de pages dans les kiosques parisiens, chez certains commerçants, ou simplement de main en main au sein des cercles de ses lecteurs[1]. Moins d’un an après sa création, la revue ne put toutefois se maintenir. Son dernier numéro, en février 1930, laisse penser que l’engagement de Grégor ne suffit pas à surmonter la difficulté de s’assurer des collaborateurs et des diffuseurs réguliers. Malgré son audience limitée et sa brève existence, la volonté de prendre le jazz au sérieux dans la presse et de recenser l’activité du milieu constitua en soi une démarche importante, qui contribua à légitimer le jazz dans un environnement social encore réticent à l’accueillir. Les mécanismes de cette légitimation reposaient ici sur la négation du jazz américain au profit d’un jazz français et européen « raffiné ». En faisant du jazz européen une musique à part entière, la revue cherchait peut-être à dissiper les préventions que suscitait, dans la société, l’association du jazz aux Noirs. La manière de présenter le jazz dans la presse, et la définition même du jazz, allaient rester pendant des années au cœur des débats critiques des revues françaises suivantes, Jazz-tango et Jazz Hot.



[1]La Revue du jazz, vol. 1, n° 1 (juillet 1929), p. 1 : « La confiance que vous nous témoignerez en diffusant la Revue du Jazz dans votre entourage sera pour nous, chers collègues, le plus parfait des stimulants et la première étape vers le succès définitif. » ; La Revue du jazz, vol. 1, n° 4 (octobre 1929), p. 1 : « La revue du jazz est en vente à Paris dans tous les kiosques, chez Bouju, et au Tabac, 1 rue Fontaine. »